Chronique d’une jeune femme à Paris 1 : Des livres à la poubelle

Des livres à la poubelle
Blasphème / ©Myriam Thibault

Ce matin-là, comme tous les autres matins, je devais me lever pour aller en cours. Il m’arrive rarement d’être en retard. Mais pour une fois, je l’étais. Une douche rapide, et un thé avalé plus tard, je pars. Il me semble que j’allais à un cours sur la réflexion de l’art dans l’antiquité, plutôt intéressant. Mais en arrivant au coin de ma rue, mes jambes n’avancent plus. Quatre sacs débordent près d’une de ces affreuses poubelles vertes de la ville, qui envahissent nos rues. Des sacs remplis de livres. Mario Vargas Llosa, Herman Koch, Carole Martinez, Dan Brown ressortent. Que font-ils là ? Qui a osé ? Je prends une photo, n’ai pas le temps de retourner chez moi pour sauver tous ces livres, et espère qu’une bonne âme aura la bonté de les prendre avant que les éboueurs ne passent.
Dans le métro, je n’en reviens toujours pas, et m’en veux terriblement de ne pas avoir fait demi tour avec les sacs. J’étais déjà très en retard, j’aurais perdu beaucoup de temps, mais peut-être aurais-je eu ma conscience un peu plus tranquille. Après de longues minutes de culpabilisation, je me suis demandée comment on pouvait faire un tel acte. Jeter des livres à la poubelle.
Paris est une grande ville, avec de petits appartements. La majorité des habitants de la capitale vivent effectivement dans un nombre assez restreint de mètres carrés. Soit. On entend régulièrement des amis, des voisins, dirent qu’ils font un tri dans leur bibliothèque parce qu’ils n’ont plus de place (personnellement quand je n’ai plus de place, ce n’est pas dans ma bibliothèque que je fais du tri en premier, mais chacun ses valeurs). Et quand bien même, la bibliothèque déborderait au point de devoir se séparer de quelques livres, comment peut venir cette idée de les mettre à la poubelle. Quand ces gens font du rangement dans leur penderie, ils ne jettent par leurs vêtements, mais font des dons aux associations. Pourquoi ne pas faire pareil avec les livres ? Il y a des écoles, des associations, des bibliothèques de quartier, qui seraient ravis de récupérer tous ces sacs de culture. Et si le don leur déplaît, ils peuvent vendre ces livres et se faire un peu d’argent. Rien de plus simple. Une des plus grandes librairies de Paris, qui se situe dans le quartier Saint Michel les récupère avec joie, contre une certaine somme d’argent en fonction du nombre de livres que vous leur apportez, pour les revendre ensuite, et faire la joie d’autres personnes.
J’ai eu beau chercher comment on pouvait arriver à ce geste délibéré de mettre des sacs de livres à la poubelle, je n’ai toujours pas compris. Il faut vraiment avoir peu de respect pour la littérature et la culture.

5 Comments

  1. Ca m’est arrivé plus d’une fois. Et la dernière fois que j’en ai trouvé en si grande quantité, j’ai acheté un caddie de marché et j’ai tout ramené chez moi… depuis j’en ai donné pas mal. 🙂

  2. Les associations de don du livre sont nettement moins connues que celles qui s’occupent de dons d’habits… dommage, c’est vrai! Perso, je sais une librairie qui récupère les livres dont on souhaite se débarrasser, pour peu qu’ils soient encore en bon état. Mais cette opération n’a lieu qu’une fois par an.

    Il peut aussi arriver qu’on trouve, sur la route, des livres jetés après le décès de leur propriétaire, ou des ouvrages devenus parfaitement inutilisables. Ce n’est pas le cas ici, manifestement…

    Bonnes lectures et bonne semaine!

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