« À la lecture » de Véronique Aubouy et Mathieu Riboulet

Aubouy et Riboulet

Véronique Aubouy et Mathieu Riboulet, À la lecture, Grasset, sept. 2014, 240 pages, 18 €.

Chronique parue dans le numéro 55 de la Revue Littéraire des Editions Léo Scheer :

Plus tard, Altansur se moque d’elle, car une page d’À l’ombre des jeunes filles en fleurs s’est décalquée sur sa joue à cause de la transpiration. Altansur est un peu jaloux de ce gros livre auquel la jeune fille s’accroche passionnément, qu’elle recopie par grands pans dans son carnet, et dont elle dit qu’il est son centre de gravité.

En 1993, Véronique Aubouy décide de faire un film, qui a pour titre Proust lu. La réalisatrice propose à des acteurs, lecteurs, écrivains, personnalités, amoureux de Marcel Proust ou inconnus, tout simple- ment, de lire un passage de l’œuvre À la recherche du temps perdu, dans l’endroit de leur choix. Aujourd’hui, en 2014, le film n’est toujours pas terminé, contient plus de 108 heures de tournage et plus de 1 100 liseurs. Véronique Aubouy continue son œuvre cinématographique, tout en écrivant ce livre, avec son compagnon Mathieu Riboulet.

À la lecture raconte cette expérience fabuleuse de lecture à haute voix, filmée. Les deux auteurs dont les voix sont mêlées nous parlent de personnes passées sous l’œil attentif de la caméra de Véronique Aubouy. On compte parmi les lecteurs dont elle se souvient particulièrement Annie Girardot, la petite-cousine de Marcel Proust, ou encore cet homme qui avait choisi une ferme pour décor. Les plus curieux trouveront sur son site internet (www.aubouy.fr) la liste complète de tous les lecteurs. On y trouve Mathieu Amalric, François Berléand, François Morel, Alexandre Tharaux, Véronique Aubouy elle-même, ainsi que Mathieu Riboulet, le 3 novembre 2008.

Le jour de cette rencontre est narré au milieu des autres lectures. Ce chapitre semble être écrit par Véronique Aubouy. Elle parle de « Vous, l’écrivain amoureux du péril des mots (qui écrivez ce livre en forme de cadavre exquis avec moi) ». Comme chaque lecteur, il avait reçu, par e-mail, un passage de la Recherche. Le jour du tournage, pour l’esthétique, il prend son livre. Sauf que le passage envoyé par Véronique Aubouy était amputé d’un paragraphe, et Mathieu Riboulet se retrouve à lire, au milieu du texte, un paragraphe qu’il n’a pas travaillé. Après une courte hésitation, et un bref désap- pointement, il continue sa lecture, sans se démonter, à la grande surprise de Véronique Aubouy. Cette rencontre autour de Marcel Proust les réunira dans la vie.

Cette initiative, fabuleuse, prend son prolongement dans ce livre qui parle de la littérature, de la lecture, de l’amour pour la Recherche. Plusieurs visions de l’œuvre de Marcel Proust, des milliers de manières de le lire, dans des milliers de lieux différents, et des milliers de lecteurs pour un seul projet monumental. Et même si l’on sait que « la moitié de notre carnet d’adresses s’y est endormie dès avant la fin du premier tome », À la recherche du temps perdu rassemble. Ce projet monumental le montre parfaitement. Tous sont réunis autour d’une même envie : faire partager l’œuvre de Marcel Proust au plus grand nombre.

La Recherche est un livre postmoderne bien avant l’heure, un phénomène, une question sur soi-même, géante et infinie ! Un livre qui recèle les clés d’éternelles jouvences stockées dans son tréfonds. Proust n’était pas de son temps, il avait non pas cent ans d’avance, mais mille ! Il sera toujours là, bien avant nous !

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