« Un certain M. Piekielny » de François-Henri Désérable

François-Henri Désérable, Un certain M. Piekielny, Gallimard, 272 pages, 19€50.

Le deuxième roman de François-Henri Désérable arrive sur les tables des librairies aujourd’hui, et comme pour ses précédents livres, il y a de grandes chances pour que l’on en entende parler. Cette fois-ci, l’écrivain nous emmène sur les traces de Romain Gary, et plus précisément sur celles de M. Piekielny. Qui est donc ce M. Piekielny ? A-t-il réellement existé ou n’est-il qu’un personnage de fiction sous la plume de Romain Gary ? Telle est la question et telle est la quête de François-Henri Désérable.

« Gary avait voulu suivre le précepte d’un ami écrivain qui un jour m’a dit sérieusement  : Je commence tous mes romans par cinquante pages ennuyeuses. Pour décourager les cons. »

Ce roman traite de l’irruption du réel dans la fiction, et inversement. Alors que l’on n’a jamais autant parlé de l’autofiction et de la mince frontière qui sépare la réalité et la fiction dans tous les romans contemporains, François-Henri Désérable traite l’un des sujets les plus importants de la littérature actuelle sous un nouvel angle. Où se trouve la réalité chez Gary ? En se mettant en scène, en mettant en scène ses connaissances comme Roger Grenier, éditeur chez Gallimard, ou encore ses amis écrivains comme Clément et Arthur (on ne vous fera pas l’affront de vous donner les noms de famille, tellement cela semble évident…), il nous entraîne avec lui dans sa quête. On y prend goût, on voudrait savoir si ce Monsieur Piekielny a vraiment existé. Partir sur les traces d’un écrivains à travers la quête d’un autre reste un vrai plaisir de lecture, surtout lorsque le style est ciselé, travaillé dans les moindres détails, l’humour toujours présent et incisif, et la construction parfaitement menée.

« C’était à Roger Grenier qu’il fallait poser la question. Roger Grenier, quatre-vingt-quinze ans, écrivain, éditeur chez Gallimard où depuis 1949, qu’il vente, qu’il pleuve ou qu’il neige, il se rend à pied chaque jour que Dieu fait. Pendant longtemps, son rituel fut le même, immuable et sacré : levé à six heures, deux minutes plus tard il était sous la douche, à six heures douze il se rasait, à six heures vingt il enfilait un pantalon puis boutonnait sa chemise, entre six heures vingt-cinq et six heures cinquante il buvait son café en lisant les journaux, à sept heures moins cinq il passait autour de son cou une cravate qu’une minute après il avait fini de nouer, à sept heures moins une il chaussait ses lunettes, et à sept heures précises, qu’il vente, qu’il pleuve ou qu’il neige il sortait de chez lui, rue du Bac, qu’il descendait d’un pas ferme sur lequel les habitants du VIIe arrondissement réglaient leurs petites habitudes : le voyant qui passait devant ses fenêtres, le boulanger savait qu’il était temps de sortir son pain du four, la mère de famille de réveiller ses enfants, le facteur d’enfourcher sa bicyclette et de commencer sa tournée, de sorte que, le 3 décembre 1980, au lendemain de la mort de son cher Romain, quand Roger Grenier, accablé de tristesse dut garder le lit, il y eut des baguettes trop cuites, des enfants en retard à l’école et du courrier non distribué. L’anarchie. »

Site des Editions Gallimard

Site de François-Henri Désérable

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