« Une activité respectable » de Julia Kerninon

Julia Kerninon, Une activité respectable, éditions La Brune au Rouergue, 2017, 64 pages, 9€80.

J’avais acheté ce petit livre à sa sortie, en janvier. Puis je l’ai perdu. Je l’ai retrouvé sous une pile de Libération, Figaro LittéraireNouvel Obs et Magazine littéraire accumulés depuis… Je l’ai ouvert et j’ai alors découvert un texte absolument remarquable sur la quête de l’écriture. Comment écrire, pourquoi, avec quel bagage ? Toutes ces questions sont abordées par Julia Kerninon qui revient sur son propre chemin dans l’écriture, sur ses parents qui lisaient énormément et qui lui ont donné le virus, sur sa mère qui relisait ses premiers textes et touchait juste à chaque remarque, sur ses voyages, sa volonté d’écrire à tout prix et de devenir écrivain. Ce petit livre de Julia Kerninon est une claque. Elle nous entraîne dans sa littérature, dans son monde, dans son univers d’écrivain, de Berlin à Paris, dans ses jobs alimentaires pour pouvoir écrire le reste du temps, et surtout pour obtenir cette liberté de temps et la liberté d’exercer sa passion. Nous pouvons conclure qu’être écrivain est une activité tout à fait respectable et que Julia Kerninon n’a que 30 ans et a déjà un parcours étonnant.

Un vrai coup de cœur !

« Ma mère est mon thesaurus, aujourd’hui encore. Adolescente, quand je lui donnais mes premiers textes à lire, elle pouvait citer précisément chaque ligne que j’avais plagiée de mon auteur préféré du moment. Dans un paragraphe donné, elle posait toujours le bout de son doigt au bon endroit – l’endroit où j’avais paressé. Quand un de mes exercices expérimentaux a consisté à écrire un texte sciemment surchargé d’adjectifs et d’adverbes pour créer un effet poisseux, saturé, prétendais-je, elle m’a dit que ça ne servait à rien de me justifier auprès d’elle en expliquant que c’était fait exprès – elle a dit que, si quelqu’un était un jour assez stupide pour monter volontairement un orchestre composé uniquement de batteries, il pourrait bien dire qu’il l’avait voulu comme ça, le son n’en deviendrait pas audible pour autant. »

***

Bazar de questions de Julia Kerninon

livre

Votre livre de chevet ? Maîtres anciens, de Thomas Bernhard.

Votre musique du moment ? L’album de Lenparrot, And Then He.

L’objet que vous aimez offrir ? Une bouteille de champagne.

Le classique qui vous tombe des mains ? C’est idiot mais je n’ai jamais réussi à finir L’Ecume des jours. Ça a l’air bien, mais je m’arrête toujours au moment où intervient la robe avec l’empiècement en fer forgé – qui, par ailleurs, me fascine absolument.

Un objet fétiche ? Un petit lapin en porcelaine chinoise vert amande.

Un photographe ? Nan Goldin. Adolescente, la première fois que j’ai vu ses images, dans un Actuel de mes parents, je n’ai pas compris du tout à quoi j’avais affaire. Après, j’ai vu son exposition diaporama Poste Restante au C/O de Berlin, en 2009, et c’était merveilleux. Plus le temps passe, et plus ce qui s’est passé dans les années 1980 m’intéresse, sans que je sache encore bien quoi en faire.

Votre film culte ? Je n’ai pas de film culte.

Un lieu parisien insolite ? Un balcon filant au cinquième étage dans une petite rue du dix-huitième, où je suis tombée amoureuse.

Un musicien ? John Lennon. En ce moment, j’ai une passion secrète pour Freddie Mercury, mais sinon c’est toujours John Lennon.

Un moment inoubliable ? Je n’oublie presque rien. Sérieusement.

Un artiste hors du commun ? L’automne.

Votre œuvre fétiche ? Il y a une toute petite reproduction de Schiele, La chambre de l’artiste à Neulengbach, que j’ai emmenée partout avec moi depuis dix ans. J’aime beaucoup de tableaux, et celui-là n’est pourtant pas mon préféré, mais force est d’admettre que j’ai vécu toute ma vie d’adulte avec lui, pour l’instant.

D’où est venue cette idée d’Une activité respectable L’envie de mettre des mots sur la décennie qui venait de s’écouler, que j’avais passé à travailler d’arrache-pied pour parvenir à faire de la littérature. L’envie de faire les comptes, de rendre à César ce qui était à César, de réfléchir aussi, de repenser mon rapport à l’écriture, et de me faire le cadeau de ce tout petit livre pour mes trente ans.

Pourquoi lire ? Comment ne pas le faire ?

Un cinéaste ? Aucune idée.

Un artiste à voir en concert ? Ça doit être merveilleux de voir des concerts, mais ça m’angoisse un peu trop, alors je n’y vais presque jamais, je ne peux pas me prononcer là-dessus.

Un lieu fabuleux ? Les toits de Naples.

Un écrivain ? S’il ne fallait en garder qu’un, James Joyce.

Votre actualité ? Je traduis un livre jeunesse, je finis d’écrire un roman, j’écris des articles, un monologue théâtral, des bribes d’autre chose, je lis.

Site des éditions du Rouergue

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