Prix Goncourt : « L’Ordre du jour » d’Eric Vuillard

L’Ordre du jour d’Eric Vuillard, récit chez Actes Sud, 2017, 150 pages, 16€.

« Les plus grandes catastrophes s’annoncent souvent à petits pas. »

Ce récit commence avec une assemblée de 24 industriels.

« Ainsi, les vingt-quatre ne s’appellent ni Schnitzler, ni Witzleben, ni Schmitt, ni Finck, ni Rosterg, ni Heubel, comme l’état civil nous incite à le croire. Ils s’appellent BASF, Bayer, Agfa, Opel, IG Farben, Siemens, Allianz, Telefunken. Sous ces noms, nous les connaissons. Nous les connaissons même très bien. »

Tous prennent part dans la vie quotidienne des gens. Et tous vont s’associer aux nazis.  Après cette réunion, nous entrons dans les coulisses du pouvoir en Allemagne. Qui, comment, pourquoi ? Mais même s’il est écrit « récit » sur la couverture, L’Ordre du jour n’est pas un livre d’histoire, non. Il est bien plus que ça. C’est un livre qui nous relate l’humain et ses vexations, l’humain et ses petites contrariétés, l’humain dans tout ce qu’il a de plus petit et de plus mesquin. Eric Vuillard a dû faire de nombreuses recherches pour aboutir à un si grand livre. Ce récit est celui des coulisses de la Seconde guerre mondiale et des petites anecdotes qui forment la grande histoire.

Eric Vuillard nous narre toutes ces petites choses, ces petites phrases qui ont pris place dans les dîners mondains, dans les bureaux, dans les couloirs : l’impatience d’Hitler, la naïveté de ses conseillers, l’avidité des industriels qui se cachent les yeux sur les horreurs dont ils ont pleinement conscience, la création de sociétés écrans pour que l’Allemagne continue de fabriquer des chars malgré son interdiction par le Traité de Versailles…  Toutes ces petites choses qui ont eu une répercussion sans précédent sur le monde. Ce récit est absolument formidable dans ce qu’il révèle des petites anecdotes qui font la grande histoire. Eric Vuillard sait manier à la perfection les détails de l’humain pour mieux nous en révéler ses horreurs.

Pour finir, un petit extrait représentatif de la grandeur de ce livre :

« Pour Seyss-Inquart, la promenade se terminera toutefois bien plus mal que pour Schuscnigg, et après avoir été en poste à Cracovie et à La Haye, il finira son parcours minable de comparse à Nuremberg. Et là, bien sûr, il nie en bloc. Lui qui sera un des acteurs principaux de l’incorporation de l’Autriche au Troisième Reich, il n’a rien fait ; lui qui recevra le grade honoraire SS de Gruppenführer, il n’a rien vu ; lui qui sera ministre sans portefeuille dans le gouvernement d’Hitler, on ne lui a rien dit ; lui qui sera représentant du gouverneur général de Pologne, impliqué dans la brutale pacification du mouvement de résistance polonais, il n’a rien ordonné ; lui qui deviendra enfin commissaire du Reich aux Pays-Bas, et fera exécuter, d’après l’accusation à Nuremberg, plus de quatre mille personnes, antisémite sincère, ayant éradiqué les Juifs de tous les postes à responsabilité, lui qui n’est pas étranger aux mesures qui aboutiront à la mort d’environ cent mille Juifs hollandais, il n’a rien su. Et tandis que les trompettes sonnent, mais pour lui cette fois, il retrouve ses manières d’avocat, il plaide, il invoque un document, un autre, il feuillette, consciencieux, des liasses de preuves. »

Bravo à Eric Vuillard pour ce texte remarquable, qui mérite grandement son prix Goncourt !

Site des Editions Actes Sud

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