« L’Enlèvement des Sabines » d’Emilie de Turckheim

L’Enlèvement des Sabines, roman d’Emilie de Turckheim, éditions Héloïse d’Ormesson, janvier 2018, 208 pages, 17€.

« Hans – Sabine, tu l’as dit toi-même, ils ne t’ont pas touchée. Tu es énervée, tu as eu une frayeur, mais il ne t’est rien arrivé. Rien du tout. Des jeunes qui font des blagues dans un train, c’est pas la fin du monde.

Sabine – Il ne m’est rien arrivé.

Hans – Tu vas voir, j’ai fait cuire des aubergines et j’ai ouvert une bouteille, divine… On va boire un coup et on va oublier toute cette histoire.

Sabine démissionne de l’entreprise dans laquelle elle travaille depuis plusieurs années. Pour son cadeau de départ, ses collègues lui offrent une poupée, mais pas n’importe laquelle. Une sex doll, vous savez, cette poupée en silicone grandeur nature qui peut vivre avec vous. Poupée qui porte le même nom qu’elle : Sabine. Alors qu’elle rentre chez elle, sa poupée sous le bras, dans le RER, deux jeunes l’accostent et commencent à traiter sa poupée de pute en voulant la toucher. Les quelques passagers qui restaient dans la rame se sont enfuis, laissant les deux Sabines seules face aux deux agresseurs. Sabine en sort indemne. Il ne s’est rien passé, certes, mais le traumatisme est bien présent.

Emilie de Turckheim tombe avec la sortie de ce roman en pleine actualité sur la question du harcèlement – où il commence, où il s’arrête – sur la question du féminisme, de la féminité, des femmes, mais elle apporte aussi une critique acerbe du monde de l’art, et plus particulièrement du monde théâtral à travers le personnage du mari de Sabine : Hans.

« Hans adore les supermarchés. Ce qu’il préfère, ce sont les hypermarchés. Il y va même pour ne rien acheter. Il est fasciné par les couples qui se disputent et les mères qui crient sur leurs enfants. Surtout l’été, quand les gens sont en vacances. C’est à ce moment de l’année qu’on a les meilleures disputes. Hans a vu un couple se battre au rayon fromagerie. Le type a failli tuer sa femme, il l’a attaquée avec un couteau de cuisine qu’il venait de prendre dans un rayon. Tout est parti d’un sachet de fromage râpé. Quand il est rentré à la maison, Hans m’a dit : « J’ai vu la meilleure pièce de théâtre de l’année. A côté de ça, je fais de la merde. »

Un roman hybride qui prend parfois la forme du récit, parfois celle d’une pièce de théâtre ou encore de la poésie. Emilie de Turckheim aime travailler autour des formes de l’écriture (on se souvient de son excellent journal de grossesse, La Disparition du nombril, ou encore son roman américain avec Popcorn melody,dont je vous avais parlé à l’époque). Ici, elle nous entraîne dans les affres du couple en traitant de sujets plus que d’actualité, avec sarcasme et justesse ! A lire !

Site des éditions Héloïse d’Ormesson

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