Cher Nicolas,

Cher Nicolas,

Un soir, dans une enveloppe, sur le paillasson, j’ai trouvé ton dernier livre, Dos au mur. Je suis rentrée chez moi, sans manger, sans regarder le reste du courrier. Il s’en était fallu de peu pour que j’en oublie d’enlever mon manteau. J’ai commencé à lire et je t’ai retrouvé. J’ai grandi avec tes livres, avec ton amour de l’amour, avec ta délicatesse, ton cynisme. Avec toi, écorché vif. Je me souviens encore de Mémoire courte, Treize minutes, Un début prometteur, Courir à trente ans, Un léger passage à vide et L’Amour est déclaré. Après, tu m’as perdue. J’ai quand même lu tes chroniques, ton scénario, le roman qui a suivi et le recueil de nouvelles, mais je ne te retrouvais pas. Comme je ne retrouvais plus non plus la génération à laquelle tu avais appartenu, la génération d’écrivains avec laquelle j’avais grandi et qui m’avait donné envie d’écrire (les Beigbeder, Ravalec, Zeller, Eudeline, Pages… la génération de la revue Bordel, quand elle était encore chez Flammarion).

Je me souviens aussi de ce jour où je devais t’interviewer pour un devoir à la fac. Mais, en fait, je n’ai jamais eu d’interview, j’ai eu bien plus. On est restés un peu chez toi à discuter et on est sortis, tu devais aller faire des courses. Tu m’as parlé de ta hanche, de ta cicatrice, on a marché rue Caulaincourt, jusqu’au Picard, où tu m’as proposé de m’acheter ce que je voulais. Evidemment, j’ai refusé et je t’ai remercié pour l’interview.

Quelques années plus tard, j’ai vu ton nom à l’affiche de la Maison de la poésie, à côté de celui de Mathieu Saïkaly, le Mathieu S. de Dos au mur. Un autre écorché vif dont la musique ressemble à tes livres. Je crois que je suis allée à l’une des premières représentations. Je crois que j’ai pleuré pendant. Puis je suis retournée l’année d’après, mais pas seule cette fois-ci. J’ai retrouvé Jules Gassot dans le hall, un autre amoureux de l’amour. On t’a attendu à la fin, il t’a donné son dernier livre, un recueil de nouvelles où il donne la parole aux chiens. Tu nous avais tous les deux donné l’envie d’écrire, on était heureux d’avoir vu ce concert. Ce groupe que tu as formé avec Mathieu Saïkaly était beau. On t’avait retrouvé. Mais je t’ai aussi retrouvé avec Dos au mur. C’est beau, émouvant. Ça parle de toi, de l’amour, du vide, de la mélancolie. Ça parle de tout ça, de tout ce que tu avais laissé en 2012 avec L’Amour est déclaré. T’es Dos au mur, mais t’es revenu, et ça, c’est l’essentiel.

Myriam T.

Dos au mur (Au Diable Vauvert) sort le 15 mars en librairie.

1 Comment

Poster une note dans le carnet

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s