Photofiction VII : Contrat (« South Street » de Cédric Klapisch)

Une nouvelle inspirée d’une photographie : South Street de Cédric Klapisch.

Du haut de ses 25 ans, Tony en paraissait dix de plus. La violence de la vie avait heurté de plein fouet cet homme à l’allure dégingandée. Depuis quelques mois, il retrouvait un peu de calme dans les bras de la jeune Helen, la seule à lui avoir redonné un peu de sourire et d’entrain, lui qui avait manqué quitter la vie de son plein gré à trois reprises. 

Ce matin, en sortant de chez elle, il a croisé un homme dans l’escalier. Alors qu’il arrivait en bas de l’immeuble, il a eu une intuition, de ces trucs qui vous tordent le ventre sans que vous ne sachiez bien pourquoi. En levant les yeux au dernier étage, il a vu la silhouette d’Helen se prenant un poing en pleine face.

Son sang n’a fait qu’un tour. Il a fait demi-tour, montant les marches quatre à quatre. Arrivé devant la porte, le silence. Il a attendu quelques instants. La voix de l’homme était grave, clair, posé. 

– Je t’avais prévenu. C’est dans ton contrat. Ce n’est pourtant pas le premier avertissement. Je t’ai mis en garde plusieurs fois, mais tu n’écoutes pas.

Tony entendit un bruit sourd, sûrement un deuxième coup de poing. Helen ne disait pas un mot, pas même une plainte. Pourtant, les murs n’étaient rien de plus que quelques feuilles de papier cigarette collés les unes aux autres. Tony était sur le point d’enfoncer la porte, quand l’homme se remit à parler. 

– Tu n’es rien qu’une pute et tu as signé un contrat avec moi. Je suis ton boss, pour être plus clair. Tu dois respecter tes engagements : aucun autre homme ne doit entrer en contact avec toi. Tu ne dois pas tomber amoureuse, est-ce bien clair ?

Tony se liquéfiait de l’autre côté de la porte. Il sentait la violence monter dans son corps. Son coeur battait de plus en plus vite, de plus en plus fort. Il recula et défonça la porte d’un coup de pied vrombissant. Le porte manteau lui servit de massue. L’homme s’étala de tout son long, le visage ruisselant de sang. Helen s’était recroquevillée dans un coin, les yeux envahis de peur. Tony s’est approché d’elle.

– C’est vrai ?

Elle n’osa dire un mot, mais ses yeux acquiesçaient. Tony avança ses mains, doucement, comme pour caresser son visage, et enfonça avec une violence redoutable ses deux pouces dans les yeux de la jeune femme. Tony se lava les mains et attendit qu’elle perde connaissance avant de partir en claquant la porte.

Inspiré de South Street de Cédric Klapisch

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