Photofiction VIII : Taxi (« Taxi » de Saul Leiter)

Une nouvelle inspirée d’une photographie : Taxi de Saul Leiter.

– Hier, sur la cinquième avenue, à l’angle de la 22ème rue, un taxi est arrivé par la gauche. Pendant une dizaine de minutes, il a stationné sur le bord du trottoir, devant l’immeuble. Des enfants avec leur maman ou leur nounou, des adolescents promenant leur chien, des femmes aux manteaux en fourrure formèrent l’essentiel des allers et venues que j’aie pu remarquer. Comme vous le savez, nous sommes dans les beaux quartiers de New York, à la limite des buildings. Au bout de ces dix minutes, votre mari est sorti de l’immeuble. Sans vraiment regarder autour de lui, il a foncé tête baissée dans le taxi. Le conducteur roulait à une allure modérée. Il est revenu sur la cinquième avenue et a roulé jusqu’à ce restaurant dont vous m’aviez parlé. Votre mari a rejoint un homme que j’ai reconnu comme être son assistant. Le déjeuner a duré deux heures, avant que les deux hommes ne se séparent. Deux taxis les attendaient devant la porte d’entrée du restaurant. J’ai de nouveau suivi le taxi de votre mari. Cette fois-ci, la voiture l’a amené devant chez vous. Il est entré, le temps de quelques minutes et en est ressorti, avec une sacoche marron, celle qu’il prend tous les matins et qui doit contenir ses documents professionnels. Le taxi l’a attendu, et ils sont repartis vers le journal où travaille votre mari. Je me suis donc garé sur le trottoir d’en face, d’où je vois parfaitement votre mari assis à son bureau. De quinze heures à dix-neuf heures, hormis deux ou trois allers retours, qui n’ont pas duré plus d’une minute, pour aller chercher un document ou un café, il n’a pas bougé de sa chaise. Il a travaillé tout l’après-midi, et a eu un rendez-vous en fin de journée avec l’un des autres journalistes de son service. Vers vingt heures, un taxi l’a ramené chez vous. Ce matin, je l’ai également suivi. Il a pris un café et une tartine au beurre, sur une terrasse, à Manhattan. Un homme l’a rejoint, un ami me semble-t-il. Ils ont bu un café et ont échangé autour de quelques documents. Ensuite, il s’est rendu à son bureau. J’ai donc quitté sa trace, comme convenu avec vous, à midi, et suis allé faire tirer les dernières photographies que voici. Vous pouvez donc inspecter la série des deux semaines qui viennent de s’écouler. Si un détail vous chiffonne, n’hésitez pas…

Dans son grand salon aux moulures, parquet en point de Hongrie et rideaux en velours rouge, la femme observe attentivement les photographies. Elle les passe toutes au peigne fin, tente de déceler le moindre signe ou mouvement suspect. Pendant plus de trente minutes, le détective privé à ses côtés ne dit mot et boit un thé en attendant les questions de sa cliente. Mais cette dernière n’a, pour une fois, aucune question. Sur les photos, rien ne dépasse, rien ne porte à confusion. Aucune ambiguïté. Elle n’a qu’une seule question à poser.

Alors, on continue ?

– Madame, cela va bientôt faire trois mois que je suis à la trace votre mari jour et nuit même lorsqu’il est avec vous, et observe tous ses faits et gestes. Jamais il ne m’a vu. Je pourrais continuer pendant plusieurs semaines, mais je peux vous assurer, Madame, sauf votre respect, que vous êtes l’unique. Votre mari n’a jamais vu aucune autre femme que vous.

Inspiré de Taxi de Saul Leiter

Poster une note dans le carnet

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s